Technologie VS Réforme du collège : Pagestec relance les médias

mardi 19 mai 2015
par  Pagestec

Face au silence des médias concernant le sort de notre discipline, et plus largement celui aussi des autres matières scientifiques, nous avons décidé d’envoyer le courrier suivant à plus d’une quinzaine de médias nationaux (presse et radio), dans l’espoir d’être enfin entendu et écouté.

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Bonjour

Votre rédaction ainsi que les autres médias s’emparent de plus en plus du sujet de la réforme des collèges mais rien n’y fait, vous passez toujours à côté d’un aspect essentiel de celle-ci.

Notre précédent mail n’ayant semble t-il pas attiré votre attention, nous nous permettons de vous relancer sur ce thème, à savoir les conséquences dramatiques que cette réforme aurait sur les enseignements de Technologie et de Sciences si elle devait s’appliquer en l’état.

L’avenir du Latin et de l’Allemand accapare l’actualité, mais peut être ce sujet n’est-il que l’os à ronger donné par notre Ministère aux médias, détournant ainsi ces derniers de conséquences beaucoup plus insidieuses et néfastes. Sans vouloir diminuer l’impact de cette réforme sur ces matières (représentant quelques milliers d’enseignants), il serait peut être utile que vous vous intéressiez et communiquiez sur le sort des quelques 15000 professeurs de Technologie, ou de celui de plus de 40000 professeurs en comptant ceux de Physique-Chimie et de Sciences de la Vie et de la Terre.

Il y a pourtant matière à polémique et à scoop :

 1. Mme La Ministre Najad Vallaud-Belkacem annonce la création de 4000 postes en lien avec cette réforme, mais ne dit pas combien celle-ci va en détruire !

 Les réductions horaires (en 6°, en 3°, de DP3, heure labo, heure de maintenance Info) impactant la Technologie collège auront à très court terme pour conséquence la suppression au minimum de plus de 2000 postes d’enseignants dans cette discipline (plus de 2500 pour les estimations les plus pessimistes). Si l’on ajoute à cela les rabotages prévus dans les autres matières (dont celles scientifiques) et les prochaines réformes éducatives (voir 2.), nous serons proches d’un solde nul et certainement négatif d’ici peu !

 Cette réforme va donc détruire plus de postes d’enseignant qu’elle ne va en créer !

 2. Pourquoi cette réforme met elle en avant les enseignements interdisciplinaires ? Parce qu’ils permettent de faire faire n’importe quoi à n’importe qui !

 La globalisation des horaires de Sciences et de Technologie sur le niveau 6° définie dans la réforme constitue une porte ouverte à une généralisation contrainte de l’EIST (Enseignement Intégré de Sciences et Technologie). Cela apparaît aussi clairement dans l’écriture des nouveaux programmes du cycle 3. Testé depuis maintenant une dizaine d’années en 6°, mais aussi en 5°, l’EIST est l’exemple par excellence d’un enseignement interdisciplinaire pour notre Ministère. Ce dispositif n’a pourtant toujours en rien fait la preuve de son efficacité.

 D’ailleurs, cette volonté de voir se généraliser ce type d’enseignement totalement intégré, totalement interdisciplinaire ne se résume pas au niveau 6°, puisque cette réforme le distille désormais sous la forme des EPI sur les autres niveaux.

 Alors pourquoi vouloir généraliser ce type d’enseignement avec tant d’insistance ? Dans le cas de l’EIST, il permet de faire faire de la Physique-Chimie et de la Technologie par un professeur de SVT, ou autre exemple, de faire enseigner la SVT et la Physique-Chimie par un professeur de Technologie.

 En globalisant de fait les dotations horaires de ces trois disciplines, cela laisse de nouvelles possibilités et une souplesse supplémentaire aux chefs d’établissement pour procéder aux suppressions de postes que leur impose, année après année, notre hiérarchie.

 Pourquoi cette généralisation sera contrainte ? Parce que dans une très grande majorité des cas, le choix de dispenser ce type d’enseignement sera l’unique solution pour un professeur de sauver son poste, ou d’en assurer la pérennité. Nul doute que dans le contexte actuel de réduction de postes dans la fonction publique, y compris dans l’Éducation, beaucoup de collègues feront ce choix, la mort dans l’âme. Sur cet aspect précis, cette réforme en devient scandaleuse et honteuse.

 Par cette réforme, Mme Najad Vallaud-Belkacem aura enfin trouvé le moyen d’appliquer ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait encore réussi à faire, à savoir imposer la bi ou trivalence aux professeurs de certaines disciplines dans le secondaire.

 Dans les faits aussi, cela revient à un appauvrissement considérable des savoirs et savoir-faire dispensés aux élèves, les cinq ans de spécialisation demandés aux professeurs pour passer leur concours étant soudainement et sans scrupule considérés comme d’aucune utilité ni intérêt.

 Il serait d’ailleurs intéressant que vos journalistes interpellent la FCPE à ce sujet, à savoir placer des professeurs moins compétents et non volontaires devant les élèves, cette dernière ne tarissant pas d’éloges pour ce genre de dispositif interdisciplinaire !

 Pour notre part comme pour certainement un nombre très important de parents, et contrairement aux discours de leurs représentants, nous pensons que nos élèves ont droit aux professeurs de Technologie et de Sciences les mieux qualifiés et formés, les plus intéressés et motivés par le domaine qu’ils enseignent.

 Dans cette même logique, pour autre exemple et pour conforter ces propos, il en sera exactement de même pour l’enseignement civique et morale prévu dans cette réforme. Jusqu’à présent dévolu aux professeurs d’Histoire-Géographie et d’instruction civique, car les plus compétents à le faire, ce sera désormais n’importe quel professeur de n’importe quelle discipline qui pourra le dispenser. Même logique imparable : moins d’heures d’enseignement pour les professeurs d’Histoire-Géographie, donc suppressions de postes, et un enseignement assuré désormais par des non spécialistes et certainement par défaut. Dont acte !

 3. Interdisciplinaire ou intégré ?

 Attention, ne pensez pas que les professeurs soient contre le travail en équipe et en interdisciplinarité. Ne pensez pas non plus, comme essaye de le faire croire notre Ministère, que nous ne savons pas faire et que quelques formations suffiront à palier à cela et qu’enfin, une fois devenus compétents pour prodiguer ce type d’enseignement grâce à cette réforme, l’élève serait enfin sauver de l’ennui et de son apathie pour apprendre.

 Les enseignants ont bien évidemment envie de plus travailler en lien avec des collègues d’autres disciplines, d’apporter plus de cohérences aux programmes de nos différentes matières en travaillant sur leur concordance. Cela se fait déjà dans la quasi-totalité des collèges et n’a donc rien de nouveau. Beaucoup d’entre nous montent chaque année des projets pluridisciplinaires, travaillent sur des thèmes communs en les exploitant sous différents angles suivant les matières. Les professeurs sont donc déjà compétents et travaillent déjà en interdisciplinarité.

 Pour développer cette pratique, ce n’est donc pas de formation dont nous avons besoin, mais de juste un peu de temps ! Du temps pour imaginer, pour se parler, pour se concerter, pour construire et avoir un suivi de ces projets interdisciplinaires. La réforme nous en offre t-elle ? Non ! Par contre, elle nous invite à participer à cette nouvelle usine à gaz que sont les EPI, Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, pour ne pas dire encore intégrés, où les cours devront se faire sur des contenus communs et en co-animation. Fini à nouveau de la disciplinarité, de ses exigences et de sa qualité, c’est une nouvelle fois n’importe quel professeur qui pourra enseigner n’importe quoi ! Mais n’est ce pas après tout l’esprit du socle commun, où les connaissances, les savoirs sont déclassés par rapport aux compétences, et en faisant en sorte que chaque professeur puisse évaluer, valider des compétences même si elles ne sont pas explicitement liées à son champs disciplinaire.

 4. La Technologie, une matière qui ne sert à rien ?

 Alors que le gouvernement se targue de tout faire pour sauver les 140 000 jeunes qui sortent chaque année de notre système scolaire sans aucun diplôme et qu’il a pour objectif de permettre à 500 000 de nos élèves de trouver un contrat d’apprentissage pour 2017, notre Ministère semble tout faire à travers cette réforme pour mettre au placard notre discipline, voire préparer sa liquidation totale.

 Nous sommes pourtant les plus habilités à les préparer au monde de l’entreprise et à leur apporter des connaissances dans ce domaine. Par la démarche de projet inhérente à notre matière, nous leur inculquons celle suivie dans d’innombrables entreprises, ainsi que les savoirs-être nécessaires et attendus dans le monde professionnel. Enfin, par la conception d’objets techniques, les élèves acquièrent des premiers savoir-faire utiles à leur insertion dans ce monde de l’entreprise.

 Mais la Technologie n’a pas son importance uniquement pour les élèves en difficulté ou en décrochage scolaire, bien au contraire, elle est utile et nécessaire à tous. Dans cette société de plus en plus technologique et numérique, il convient que nos élèves soient sensibilisés à ces notions de progrès, d’innovations, de développement durable, de monde connecté et d’environnement numérique, qu’ils en deviennent des citoyens et utilisateurs éclairés et critiques.

 Pour autant, et bien qu’ayant 20 ans d’expérience dans l’enseignement de l’informatique, des technologies numériques et de ses applications dans le monde professionnel et industriel, notre discipline se voit bizarrement oubliée, écartée du futur apprentissage de la programmation. Cette enseignement revient en effet presque exclusivement aux Mathématiques. Comment interpréter cela ? Le niveau en mathématique de nos élèves est-il si bon que leurs professeurs puissent désormais se permettre de passer une partie de leur temps d’enseignement sur ces notions d’algorithmes et de programmation. Ah non, cela doit être l’inverse, c’est parce qu’ils feront des algorithmes et de la programmation que les élèves seront meilleurs en Maths, c’est évident, non ?

 Allez savoir ... A l’heure où l’information est devenue la principale (et quelque fois l’unique) matière d’œuvre de nombreux systèmes techniques, où le traitement de l’information est complémentaire du traitement (transformation) de la matière, l’apprentissage de la conception et du développement des objets immatériels (programmation informatique) ne peut être dissocié de celui de la conception et du développement des objets matériels. Les "nouvelles technologies" ne seraient donc t-elles pas des technologies ? , malgré ce qu’en pensent visiblement les multiples experts et autres conseillers de notre Ministère

 Autre exemple du dépouillement de la discipline Technologie en lien avec l’informatique, la définition d’un enseignement d’Éducation aux médias et à l’information dans le cycle 4 de cette réforme. Bien que cela n’ait été déjà acté avec la réforme de nos programmes en 2008 et la mise en place du socle commun, contre le souhait des professeurs de Technologie, l’enseignement de connaissances et compétences dans utilisation de l’outil informatique liée à l’utilisation d’internet, à la sensibilisation à ses dangers et à la gestion de données dans un réseau local ou étendu nous est désormais explicitement retiré.

 Même s’il était important que ces notions soient réinvesties ou renforcées dans d’autres disciplines, notamment par nos collègues professeurs documentalistes, celles-ci étaient auparavant enseignées par des professeurs spécialistes et compétents car clairement inscrites dans nos programmes sur un temps défini. Avec cette réforme et à travers le socle commun, tout professeur est maintenant sensé assurer ces enseignements par la simple utilisation de l’outil informatique dans son cours. L’élève deviendra ainsi capable de faire, sans pour autant comprendre pourquoi ni comment. Pour notre part, ce n’est pas ainsi que nous concevons le rôle de l’école et de notre métier, mais bien au contraire comme un école capable de former de futurs citoyens avertis et des utilisateurs exercés, non de simples consommateurs sans conscience.

En complément de ces propos, vous pouvez retrouver sur la page d’accueil du site Pagestec (http://www.pagestec.org) les avis concernant cette réforme des trois associations les plus représentatives des professeurs du pôle Sciences et Technologie, à savoir l’APBG pour les professeurs de Science de la Vie et de la Terre, l’UdPPC pour les professeurs de physique-Chimie, et Pagestec pour les professeurs de Technologie.

Vous pourrez ainsi facilement comprendre que les préoccupations premières du Ministère de l’Éducation Nationale à travers cette réforme ne sont pas la valorisation des enseignements de Technologie et de Sciences, mais bien d’amener plus de flexibilité dans la gestion des personnels, de réduire les moyens horaires des matières expérimentales et de production au bénéfice de matières "plus essentielles", et d’imposer une bi ou trivalence aux enseignants, synonyme d’un appauvrissement des savoirs dispensés.

Nous sommes bien évidemment disposés à argumenter, à justifier tous nos propos avec des journalistes spécialisés de votre rédaction.

En vous remerciant par avance de l’intérêt que vous pourrez porter à cette demande.

Très cordialement

Les membres du CA Pagestec


Commentaires

Oscar au placard !
lundi 8 février 2016 à 13h18 - par  Oscar aime les Sciences

Oscar n’a pas envie de terminer au placard...:’-(

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