L’Académie des technologies répond à Pagestec

(actualisé le ) par Pagestec

Ci-dessous la réponse de l’Académie des technologies suite au courrier de l’association envoyé le 10 décembre 2021.

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Monsieur le Président, cher Monsieur,

Nous avons bien reçu votre lettre du 10 décembre dernier qui a retenu toute notre attention.

Je me réjouis, comme rapporteur, que vous ayez apprécié que l’Académie des technologies se soit intéressée, dans un récent rapport, à l’enseignement de technologie au collège. Beaucoup s’y joue, en effet, qui influence la perception des filières de production et, plus largement, des parcours en sciences et technologie dans le secondaire et dans le supérieur. C’est crucial pour notre pays.

Je me réjouis aussi de voir que nombreux sont les constats et nombreuses sont les recommandations que vous partagez avec nous. Rien de surprenant à cela : nous avons fondé nos travaux notamment sur les interviews d’une dizaine d’IA-IPR STI en activité et de vingt-cinq enseignants de technologie (hors de toute association) qui enseignent actuellement dans huit académies différentes. Nous avons donc largement tenu compte des retours d’expériences du terrain.

Il se trouve que lors de ces entretiens, des enseignants ont fait référence à l’Assetec et à ses actions. Aussi nous avons pris langue avec son bureau pour entendre son point de vue. Nous ne nous sommes pas alignés a priori sur les positions de l’Assetec. Il est vrai cependant que nous en partageons certaines. Nous aurions procédé de même avec Pagestec si votre association avait été évoquée lors de ces entretiens. Moi-même, j’en suis désolé, je ne la connaissais pas, malgré ce que vous en dites dans votre lettre.

Je reviens ici sur trois points que vous y traitez.

= S’agissant de l’EIST (dont l’expérimentation a été un échec du fait des conditions de sa mise en œuvre), nous restons partisans de cette approche ; elle devrait être bien entendu aménagée par rapport à ce qu’elle fut, le temps a passé.

= S’agissant de la robotique, nous n’avons pas attendu l’avis de l’Assetec, pour y trouver des vertus pédagogiques, notamment en suivant plusieurs concours régionaux ou nationaux. C’est un "terrain" exceptionnel de convergence de plusieurs disciplines. Nous attachons beaucoup d’importance à l’interdisciplinarité (sans affaiblir les disciplines) car aucun problème posé "dans la vraie vie" ne peut être résolu par une seule discipline ; c’est aussi vrai pour tout projet de réalisation-fabrication dans un laboratoire de technologie. L’approche interdisciplinaire, malmenée aujourd’hui, trouve là un terrain de développement adapté au cycle 4. La robotique est aussi mobilisatrice et motivante pour les jeunes et, quand elle est mise au service d’objectifs valorisants, elle l’est pour les filles. Toutefois, elle ne peut pas être l’alpha et l’oméga d’un enseignement de technologie au collège.

= Quant à la bivalence, la plupart des syndicats, l’administration centrale et le bureau de l’Assetec n’y étaient pas favorables lors de nos échanges préalables au rapport. Cela ne nous fait pas renoncer à la suggérer avec une certaine logique (polyvalence en primaire, monovalence au lycée et, au milieu, bivalence au collège) et avec des arguments étayés, dont certains sont adaptés au contexte français de positions de nos amis de l’académie allemande de technologie.

Nous pouvons bien entendu prolonger oralement des discussions sur ces trois points.

Au-delà du thème de ce rapport, où quelques points généraux sont aussi abordés, c’est l’architecture même du collège qui est questionnée, ainsi que nombre de ses programmes actuels, dont celui de technologie. La situation n’est pas satisfaisante. Par exemple, toutes les intelligences, celle de la main en particulier, ne sont pas reconnues. Par ailleurs, des voix s’élèvent actuellement pour que l’enseignement de technologie au collège soit uniquement un enseignement d’informatique (littératie numérique et pensée informatique, pour reprendre des expressions utilisées par l’OCDE). Bref, les sujets ne manquent pas, et ne manqueront pas, pour que des échanges puissent avoir lieu entre le pôle Formation de l’Académie des technologies, que je préside jusqu’à la fin 2023, et le bureau de Pagestec. C’est pourquoi je reste à votre disposition pour aller plus avant si vous le souhaitez.

Le président de l’Académie des technologies se joint à moi pour vous remercier de votre lettre et pour vous assurer de notre considération la meilleure.

Avec tous nos meilleurs vœux en ces premiers jours de 2022.

Alain CADIX

* Membre de l’Académie des technologies, délégué aux compétences et à la formation

* Membre du Conseil supérieur des programmes (ministère de l’Education nationale)

* Président du Campus des métiers et des qualifications Industries de la mobilité (Normandie)