Évaluation en Technologie avec la méthode EPCC

(actualisé le ) par Pagestec

Deuxième document de notre dossier de l’été, la méthode EPCC ou l’évaluation par contrat de confiance, avec un exemple d’application en Technologie.

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Bonnes lecture et vacances :).

Évaluation en Technologie avec la méthode EPCC

(mise en place sur les niveaux 5° et 3° au cours de l’année scolaire 2012-2013)

Suite à l’insistance de ma hiérarchie pour augmenter les notes de mes élèves et principalement sur le niveau 3°, j’ai décidé de tester la méthode EPCC développée par M. Antibi. Il s’agissait surtout pour moi de trouver un moyen de permettre à mes élèves d’avoir de meilleurs résultats sans rabaisser une nouvelle fois mon niveau d’exigence et sans appliquer un vulgaire et artificiel gonflement des notes.

La procédure appliquée sans toutefois avoir fait de grandes recherches sur cette méthode, donc sans être sûr de la suivre de manière exhaustive, fut la suivante :

  • - Suite à une synthèse sur une partie de programme effectuée en classe, j’informe les élèves qu’il y a une évaluation sur cette même synthèse dans quinze jours. Cette évaluation est déjà inscrite dans le cahier de texte en ligne des élèves (accès au module cahier de texte de Pronote via l’ENT de l’établissement), avec en pièce jointe un document de préparation à ce contrôle, lui aussi présenté aux élèves en classe.
  • - Dans ce document se trouve une liste d’une dizaine de questions. Sur toutes ces questions, seules cinq ou six suivants les cas seront posées le jour de l’évaluation pour un total de 15 points sur 20. Deux autres questions, inconnues mais évidemment toujours en lien avec le sujet de l’évaluation, seront rajoutées le jour du contrôle pour un total de 5 points sur 20.
  • - Les élèves ont donc environ quinze jours pour me questionner s’ils le souhaitent sur certaines questions de la liste dont ils n’auraient pas compris le sens ou trouvé la réponse dans la synthèse.
  • - S’ils cherchent en amont les réponses aux questions dans la fiche synthèse, ils sont donc capables de de me donner les bonnes réponses le jour de l’évaluation, s’assurant ainsi une note minimale d’environ 15/20. S’ils ont de plus compris l’ensemble des notions abordées dans la synthèse, ils pourront répondre aux questions supplémentaires et avoir encore une meilleure note.

 Après un an d’expérimentation, j’ai pu observé (dans le contexte quand même assez particulier d’un établissement ECLAIR) :

  • - une progression des moyennes de classe en Technologie de deux points environ, passant d’environ 8 ou 9 à 10 ou 11, la moyenne académique pour le 06 en Technologie étant d’environ 12,5 sur le niveau 3° (chiffre de 2010) ;
  • - la courbe de Gauss qui peut être observée dans les résultats semble effectivement se décaler vers des valeurs supérieures. Cependant l’amélioration des moyennes me semble plus due à un renflement de cette courbe sur sa partie ascendante : les bons élèves restent bons et accroissent relativement peu leurs résultats, mais c’est surtout une partie des élèves en difficulté qui les améliore.
  • - A noter que cette progression des résultats est beaucoup plus flagrante en 3° qu’en 5°.

Pourquoi ? , hypothèses :

  • Certains élèves ont en effet encore besoin d’être guidés pour sortir les éléments essentiels à retenir d’une leçon. Ils n’ont pas encore acquis cette capacité par le fait de leur jeune âge (5°) où du fait de leurs difficultés scolaires ;
  • - seule la volonté de l’élève de se prendre en charge et de travailler reste déterminante (orientation fin de 3°, alors que le passage en 4° devient quasi automatique), et non le fait de lui simplifier la démarche pour apprendre ses leçons.

Effets bénéfiques observés auprès des élèves :

  • sentiment de réussite d’une partie des élèves en difficulté ;
  •  meilleure adhésion d’une majorité des élèves aux travaux réalisés en Technologie du fait des meilleurs résultats.

Éléments de discussion sur le bien-fondé de cette méthode :

  • - En lui prémâchant ce travail qu’il devrait pouvoir fournir lui-même, n’est-ce pas une nouvelle fois accentuer son retard en terme de capacités à acquérir par rapport aux exigences requises dans son autonomie à gérer ses devoirs et apprendre ses leçons en 2nde générale ?
  • - Ne vaut-il pas mieux permettre aux professeurs de pouvoir mettre en place de réels moyens de remédiations (travail en 1/2 gr. sur une partie du temps de la discipline) pour combler des lacunes cognitives et/ou d’apprentissage de certaines capacités, que d’appliquer cette méthode qui certes permet à certains élèves d’améliorer leurs résultats, mais sans acquérir la capacité de le faire par eux-mêmes ?

Pour information, autre dispositif mis en place depuis plusieurs années : la prise en compte du travail de correction de l’évaluation.

  • Pendant l’évaluation, les élèves recopient les questions et le barème appliqué.
  •  une fois l’évaluation corrigée et rendue, ces derniers ont une semaine pour m’en faire la correction.
  •  Cette correction est elle aussi évaluée (présentation, sérieux, application et justesse des réponses) et intégrée dans le relevé de notes du trimestre, coefficient 0,5 (coefficient deux pour les évaluations, un pour les TD et TP réalisés en classe). Cela permet donc aux élèves de rattraper leur note d’évaluation de quatre points maximum pour une note de 0, de deux points pour une note de 10/20, etc.
  • Par cette méthode, je souhaite faire prendre conscience aux élèves que les réponses demandées n’avaient rien de compliquées et que s’ils avaient fait ce travail minimal d’1/2 heure avant l’évaluation, ils auraient pu obtenir une bonne note. De même, à défaut d’avoir "appris" leur leçon avant, qu’ils puissent retenir certaines notions concernant cette synthèse en faisant ce travail de correction.

En conclusion :

La méthode EPCC semble permettre effectivement à certains élèves en difficulté scolaire d’améliorer leurs résultats et d’être ainsi valorisés. C’est certainement son principal intérêt, car en ne les plaçant plus en situation d’échec, elle leur donne ou redonne l’envie "d’apprendre", et cela est déjà une très bonne chose. Par contre, elle ne semble résoudre en rien, de prime abord, les carences méthodologiques que ces élèves peuvent avoir pour comprendre, assimiler et apprendre les notions essentielles à retenir d’une leçon.

En complément, deux exemples de fiche de révision proposés aux élèves :

M. Johan Peuffier

professeur de Technologie, collège Jules Romains - NICE

membre du conseil de Pagestec

Commentaires de M. Quiquempois et de Mme I. Boulanger, coordonateurs EPCC, à l’article ci-dessus

1) Toute la mise en oeuvre que vous décrivez correspond tout à fait aux préconisations d’A. Antibi. C’est bien l’avantage de la méthode, ça ne demande pas « de grandes recherches », et la mise en œuvre demeure assez aisée.

2) Globalement, tous les enseignants qui ont essayé l’EPCC font les mêmes constats que vous quant à l’évolution des résultats : augmentation de la moyenne, gonflement de la courbe de Gauss vers la droite, amélioration notable des résultats chez les élèves en difficulté.

3) Concernant vos hypothèses au sujet de la différence d’impact de l’EPCC entre les 5emes et les 3emes :

 On pourrait en effet envisager de montrer aux élèves, à fortiori aux « petits » comment sortir l’essentiel d’un cours
 Il est probable que les élèves de 3emes soient plus motivés, d’autant que leur moyenne rentre dans le contrôle continu !

4) Les éléments de discussion que vous envisagez nous paraissent effectivement des enjeux importants, puisqu’ils concernent l’autonomie des élèves dans leurs apprentissages :

- en « prémachant » le travail, on permet malgré tout à des élèves qui ne se seraient pas mobilisés sur l’apprentissage de la leçon de pouvoir s’investir car ils savent quoi apprendre.

Par ailleurs, l’ensemble des élèves va s’habituer à lire les cours sous l’angle de la logique du contrôle envisagé par l’enseignant : cela est une compétence qu’on ne prend pas le temps de construire habituellement chez les élèves et qui pourtant est nécessaire à une bonne réussite scolaire. En cela, l’EPCC apprend paradoxalement aux élèves à travailler par eux-mêmes !

- Pour remédier malgré tout à une éventuelle dépendance aux fiches de révisions, et dans les prolongements de l’EPCC, il est tout à fait envisageable de construire les fiches de révisions avec les élèves, en classe, pour leur apprendre à le faire. Mais nous sommes bien conscients que cela est chronophage, surtout qu’en tant que professeur de technologie vous n’avez pas de grande marge de manœuvre horaire. Pour gagner du temps, peut être est-il possible de demander aux élèves de construire leur fiche de révision à la maison, puis de la comparer rapidement à celle que vous leur fournissez.

Concernant la préparation à la classe de 2nde, nous ne pensons pas que l’EPCC soit un frein : il apprend aux élèves à apprendre, le travail personnel est géré en autonomie. Enfin, comme le dit souvent A. Antibi, essayons d’abord d’amener les élèves au niveau exigé pour la classe donnée sans chercher à anticiper outre mesure ce qui devra être construit l’année suivante.

- Enfin, l’EPCC a l’avantage de ne pas demander de moyens supplémentaires (travail en demi groupe, PPRE, etc.) mais il ne les exclue pas !

5) Le travail de correction de l’évaluation que vous proposez est très intéressant, et il répond à une logique similaire à l’EPCC.

L’EPCC peut donc remédier, à notre avis, à certaines carences méthodologiques : par exemple, en tant que professeur de français, j’ai pu observer que certains élèves croyaient apprendre correctement alors qu’ils manquaient cruellement de rigueur. Je fais des dictée intégralement préparées en classe : le premier devoir est toujours une catastrophe car les élèves se contentent de relire le texte et croient sincèrement que cela suffit. Les devoirs suivants, ils apprennent réellement. Le niveau d’exigence des élèves par rapport à eux même est ainsi relevé et ils « apprennent à apprendre »

Cordialement,

G. Quiquempois, coordonateur EPCC, professeur de SVT en collège et collaborateur MAPIE 

I. Boulanger, coordonatrice EPCC, professeur de français en collège